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Vous reprendrez bien un peu d'opinion sur le dernier-né de la saga ?

 

Est ce qu'on en a pas déjà trop dit au sujet de ce huitième épisode de la saga ? Si. Beaucoup de bien, beaucoup de mal... et je n'aurai pas la prétention d'ajouter une pierre très originale à l'édifice monstrueux que représentent les réactions à  Star Wars, épisode VIII : les Derniers jedis. Néanmoins, si vous êtes ici, sur la chaîne ou sur le blog, c'est que mon avis vous intéresse et comme j'en ai coutume, je vais vous le présenter de la façon la plus pondérée possible avec 5 aspects positifs et 5 aspects négatifs rangés par ordre d'importance, selon moi. Et évidemment, attention, plein de gros spoilers qui tâchent sont lancés dans votre direction.

 

10. Beaucoup de péripéties "inutiles"

 

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La scène de Canto Bight, très largement critiquée

 

 

Alors ce point va poser une question compliquée : qu'est ce qui est réellement "utile" dans un film ? J'ai beaucoup de mal à distinguer si vraiment c'est un point négatif ou non, quelque part, c'est un peu du chipotage mais voilà mon souci : la vice-amirale Holdo ne dévoile pas une partie de son plan à Poe et Finn, ce qui fait qu'ils créent leur propre plan qui occupe un gros tiers de l'action du film et qui finalement, n'aboutira à rien. Mais ce qu'il faut reconnaître à ces séquences, finalement inutiles du point de vue de l'évolution de l'intrigue, c'est qu'elles nous permettent d'apprendre à connaître le personnage de Rose, de développer son origine, de voir naître sa relation avec Finn, de découvrir également DJ, le personnage moralement gris interprété par Benicio Del Toro et puis dans ces séquences, il y aura eu du suspense, de l'engagement du public, des messages socio-politiques... donc finalement est-ce que tout ceci était vraiment inutile ? Honnêtement, je ne pense pas. Et je trouve même ça bien que l'intérêt de toutes ces séquences soit si discret : l'escapade de Finn et Rose a eu des conséquences minimes mais essentielles (comme le montre la conclusion du film). Mais peut-être aurait-il mieux valu rendre ce passage aussi fructueux pour les héros qu'il l'aura été pour le public et surtout pour la Résistance.

 

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9. Peu a été accompli

 

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Globalement, c'est pas une bonne journée pour la Résistance

 

 

Pareil, c'est un reproche extrêmement mitigé et même mâtiné de compliment : peu a finalement été accompli dans ce film. Au début du film, la Résistance est poursuivie par le Premier Ordre. A la fin du film, la Résistance est poursuivie par le Premier Ordre... ils sont juste BEAUCOUP moins nombreux. Alors qu'est ce qu'on a regardé pendant plus de deux heures ? Et bien... on ne peut pas, en toute bonne foi, répondre "rien". On a vu du développement de personnages, d'idéologies et de relations. C'est un fim qui place ses pions pour l'Episode IX, de la même façon que Star Wars, épisode VII : Le Réveil de la Force les plaçait pour Les Derniers Jedis... et c'est très risqué. En soi, j'avais beaucoup aimé Le Réveil de la Force mais j'étais conscient que c'était un film "d'introduction", un film qui ne trouverait sa vraie valeur qu'en fonction de ce que la suite de la trilogie ferait de lui. Et bien l'Episode VIII partage ce trait : c'est un film de transition. En fonction de ce que nous apportera le neuvième volet de la saga, Star Wars, épisode VIII : les Derniers Jedis sera soit une pièce maîtresse dans une trilogie mémorable, soit un film très prétentieux dans une saga devenue très bancale. Personnellement, je suis optimiste, même si le dernier volet de cette trilogie a vraiment beaucoup de poids sur ses épaules.

 

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8. L'humour

 

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Oui, les Porgs m'ont fait rire et j'aime rire.

 

 

Aaah il aura fait parler de lui, celui-là et Jean-Côme Anterre aura tôt fait de crier sur Disney, comme si tous les films produits par Disney avaient les mêmes défauts (c'est d'ailleurs le seul studio à faire les frais de ce genre de critiques). Enfin, en un mot comme en 100, non seulement j'ai ri pendant ce film mais en plus, ça m'a fait du bien, ça m'a réconcilié avec l'humour dans Star Wars. Dans Star Wars, episode I : La Menace Fantôme, l'humour, c'est Jar Jar Binks (je grossis le trait mais voilà, c'est quand même relativement ça). Dans les épisodes 2 et 3, l'humour, faut y aller pour en trouver. Alors que dans les épisodes 4 à 6, Han Solo était délicieusement cynique, les ewoks étaient marrants (et je t'emmerde), le petit bitonio qui rigole dans le Palais de Jabba, Yoda qui fouille dans le sac de Luke, etc. Dans l'Episode VII, j'avais l'impression qu'ils n'avaient plus envie de rire du tout. Sur le coup, ça ne m'a pas gêné... mais en fait, un excellent moyen d'impliquer émotionnellement le spectateur, c'est encore de le faire rire : les Porgs, le réveil de Finn, Rey qui croit ressentir la force, Luke qui jette son sabre laser, BB-8 qu'on prend pour une machine à sou et qui fait un bruit de pièces quand il roule, le rire intervient toujours (ok, presque toujours), aux bons moments. 

Le rire a plusieurs fonctions : attirer la sympathie envers un personnage , alléger une ambiance trop lourde et, un classique chez Marvel notamment, accompagner une scène d'action pour la rendre plus divertissante et dédramatiser une situation. Il y a des situations pendant lesquelles il ne faut pas rire et pendant ces situations, on ne rit pas : la mort de Luke, les dialogues entre Rey et Kylo Ren, la scène impliquant Rey, Kylo et Snoke, pendant ces moments-là, l'émotion est intacte. On rit avant ou après mais pas pendant. Et rire devant un film Star Wars, ça fait du bien.

 

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7. L'esthétique

 

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Les scènes sur Crait sont à la fois sobrement très belles et ingénieusement mises
en scène : le rouge du sol donne l'illusion d'un bain de sang.

 

 

L'esthétique n'a jamais été le point faible de Star Wars (avec un toouuut petit bémol pour Rogue One que j'ai trouvé un peu pauvre à ce niveau-là mais ça se justifie). Cet épisode ne fait pas défaut et en y repensant, je me demande si ce n'est pas le plus beau des Star Wars. Bon, retenir tous les noms ne va pas être évident et Google va être mon meilleur ami pour la suite de ce paragraphe : Crait, la planète de sel à la fin du film avec les renards de cristal adorables (et en particulier la bataille et le duel au sabre laser, très joliment et intelligemment mis en scène), Ahch'To la planète-refuge de Luke avec l'arbre creux, la salle du trône de Snoke, la scène dans le trou sur Ahch'to comme métaphore du côté obscur, l'attention au détail dans les costumes et dans les effets visuels, j'ai en tête plusieurs plans précis qui sont de vrais tableaux, Luke faisant face aux AT-AT, le duel entre Luke et Kylo Ren, Rey s'approchant de l'arbre creux, la destruction du Destroyer par la vice-amirale Holdo (je parle d'un point de vue strictement esthétique), j'adore aussi le fait qu'ils aient allié animatroniques et effets spéciaux pour les Porgs et Yoda (que j'ai également adoré retrouver soit dit en passant), Et comme toujours, John Williams habille le tout avec des musiques grandioses. Enfin, globalement, Les Derniers Jedis, c'est du grand spectacle et un grand spectacle très épuré, très sobre dans sa beauté.

 

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6. Aucune grosse prise de risque

 

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Il y a les personnages qui restent sagement à leur place et ceux qui n'en ont aucune.

 

 

Là encore, je vais me tempérer : des prises de risque, il y en a eu. Au fond, il n'y avait qu'un seul scenario qui ne prenait pas de risque (Rey trouve Luke, Luke refuse de l'entraîner, apprend qu'il est son père, accepte de l'entraîner et ensemble, ils ramènent Kylo Ren au côté lumineux de la force et ensemble, ils renversent Snoke et le Premier Ordre est vaincu), n'importe quel autre scénario était une prise de risque... mais finalement, la nouvelle trilogie Star Wars continue de s'accrocher au passé, restant dans l'idée largement véhiculée par tous les medias possibles que "Star Wars rime". Ce que je prenais au départ pour une excuse bidon pour recycler une trilogie géniale, je l'ai mieux compris avec cet épisode-là : il y a beaucoup de similitudes dans d'énormes différences. Kylo Ren tue Snoke comme Vador a tué l'Empereur mais le contexte n'a rien à voir, Phasma est un dragon masqué, très classe mais sous-exploité comme Bobba Fett mais là encore, rien à voir. Bref, les motifs et les archétypes se répondent et se bousculent, l'apprenti tue le mentor, le fils sauve le père, le fils tue le père, le père tue le mentor... finalement et à défaut d'un meilleur mot, ça crée une sorte de consanguinité mythologique que personnellement, j'adore.

Mais pour autant que j'aime cet espace confiné dans lequel les possibilités peuvent évoluer, il n'en demeure pas moins confiné. C'est-à-dire que l'Episode VIII ne peut pas réellement surprendre en introduisant un électron libre totalement indépendant du reste de la saga. Et c'est vraiment dommage parce qu'autant Rey, Kylo Ren, Snoke, Poe, Luke et BB-8 sont respectivement les nouveaux Luke, Vador, Sidious, Han Solo, Obiwan et R2-D2, autant y a de la marge pour Finn par exemple... et dans ce film, il a un peu lutté pour trouver sa place, il n'a vraiment servi qu'à exposer Rose qui elle, a apporté un peu de fraîcheur dans cet univers parfois un peu trop familier.

 

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5. Beaucoup de facilités scénaristiques

 

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"He survives this (ting !)"

 

 

Star Wars épisode VIII : les Derniers Jedi, c'est beaucoup de scènes très cools... très mal ficelées. Ca commence par l'évacuation de la base Résistante de D'Qar, prise d'assaut par la puissante flotte du Premier Ordre. Si le film avait été un tout petit peu cohérent, ça aurait été fini. Mais on aurait pas eu la scène d'héroïsme de Poe où il apprend que parfois, pour le bien de la cause, il ne faut pas jouer au héros. Ce genre de "logique", on la retrouve très souvent dans le film, des moments où on se dit "C'était pas logique mais si on n'avait pas eu ça, y aura pas eu ça qu'était vraiment chouette". Les rouages des Derniers Jedi sont très sympas mais très mal huilés. La scène dans le casino et la course-poursuite avec les espèces de chevaux bizarres que beaucoup de gens détestent parce qu'elle ne "fait pas Star Wars", quoi que ça veuille dire, autant je l'ai trouvée super, divertissante, importante, je la comprends et je l'apprécie, autant si la vice-amirale Holdo avait fait confiance à Poe comme elle aurait pu  le faire "logiquement", rien de tout ça n'aurait eu lieu.

Et je ne compte pas le nombre incalculable de fois (parfaitement calculable et je le compte : au moins 4) où le Premier Ordre aurait pu détruire la Résistance une fois pour toute et ne l'a pas fait, simplement parce que... ben oui, c'est le scénario. Et je rejoins un peu les détracteurs du film au niveau du saut en hyperespace qui a annihilé le Destroyer de Snoke... si on peut se servir de la vitesse lumière comme d'une arme surpuissante, pourquoi la Résistance (et la Rébellion avant elle) ou, surtout l'Empire et le Premier Ordre, n'ont pas une division de kamikazes en dernier recours ? Et pour rester dans cette scène-là, un vaisseau a traversé un autre à la vitesse de la lumière et non seulement, tous les personnages principaux s'en sont sorti mais en plus, Rey était à bord du vaisseau et la prochaine fois qu'on la voit, c'est à bord du Faucon Millenium. Des petites incohérences comme ça, y en a plein.

Après avoir tenté de se kamikazer la tronche dans le canon-bélier du Premier Ordre sur Crait, comment Finn et Rose sont revenus à la grotte ? Ils ont couru très très vite ? Ils se sont téléportés ? Si DJ pouvait sortir de sa cellule de prison quand il voulait, pourquoi il a attendu Finn et Rose ? Bref, l'édifice Les Derniers Jedis est très appréciable à bien des égards mais il est très branlant.

 

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4. Le poids des enjeux

 

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Bon ben la Résistance est dans la merde.

 

 

L'univers de Star Wars est dichotomique, ça veut dire que les gentils combattent les méchants et ça veut souvent dire que les gentils, ils gagnent et les méchants, ils perdent. Parce qu'ils sont méchants. Ca a tendance à plomber beaucoup le sentiment de danger sur les héros. Pas dans cet épisode. A la seule exception de la scène du casino, quand un personnage était en danger de mort, j'ai personnellement ressenti le danger de mort. Au début avec Poe Dameron, j'ai vraiment cru qu'il allait se sacrifier pour la Résistance, quand Leia a explosé, je me suis dit que c'était tôt mais que c'était inévitable avant de la voir retourner dans le vaisseau en utilisant ENFIN la Force (et oui, j'ai adoré cette scène), quand Finn a tenté de se sacrifier pour faire gagner du temps à la Résistance, j'y ai cru aussi, quand Kylo Ren propose à Rey de la rejoindre pour gouverner la Galaxie en tuant le passé, je me suis dit qu'elle allait se laisser tenter par une voie grise qui n'est en fait que le côté obscur déguisé...

J'ajouterais à ça que depuis Rogue One, on a enfin dans les films Star Wars ce côté "Wars" qui manquait un peu depuis la trilogie originale, dans le sens où on connaît plusieurs membres de chaque camp et pas seulement les leaders et les héros mais aussi les plus anonymes : je pense notamment à Rose et à sa soeur. On ressent le poids de la guerre et le peu d'espoir qu'il reste à la Résistance, mais aussi le courage qu'il faut pour garder cet espoir, si ténu soit-il, au point qu'un garçon d'écurie sur une planète de la bordure extérieure arborant secrètement le logo de la Résistance et commençant à maîtriser la Force suffit à entretenir cet espoir. On comprend que la Résistance, comme les Jedis d'ailleurs, n'est pas un groupe de personnes, ni un ordre : c'est une idée. Et les idées ne meurent pas.

J'ajoute également que les duels sont également très prenants et je pense surtout au dernier duel opposant Kylo Ren à Luke. Jean-Côme va s'empresser de faire remarquer que ce n'est pas vraiment un duel mais si, tous les duels au sabre laser sont des duels d'esprit, derrière tous les duels icôniques de la saga, il y a deux idées qui s'opposent et les deux partis prennent le temps de se parler, de choisir leurs mots, Anakin vomissant sa haine contre Obiwan, Vador implorant Luke de le rejoindre dans le côté obscur, Sidious savourant sa victoire contre Yoda et ici, Luke donnant à son ancien apprenti une dernière leçon : le côté obscur te rongera et les Jedi et ta colère ne disparaîtront pas avec moi.

 

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3. Les personnages gâchés

 

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Phasma, I hardly knew ye

 

 

Vous savez pourquoi Les Derniers Jedi suscite autant de passion ? Deux raisons : d'une part, la saga Star Wars est ancrée en beaucoup d'entre nous et elle est sacrée, pour beaucoup on adore ou on déteste, on ne fait pas de demi-mesure concernant Star Wars. D'autre part, on avait tous notre petite idée, notre petite théorie d'où allait aller l'Episode VIII. Ce que j'ai énormément respecter chez Rian Johnson, le réalisateur dudit épisode, c'est qu'il a fait fi de ces attentes tout en en étant parfaitement conscient. Par exemple, Luke qui jette son sabre laser. Luke qui jette son sabre laser, nom d'une frite. Ca fait deux ans qu'on imagine tout et n'importe quoi sur les premiers mots et la première réaction de Luke Skywalker et il jette son sabre laser avec désinvolture. Ca allait choquer et diviser, évidemment, mais le propos était clair : non seulement Luke en avait fini avec ça mais en plus, il en a plus rien à foutre et y a aucun moyen de le faire changer d'avis. BAM. Rey se prend ça dans la gueule et ça en dit long sur elle et mon dieu, comme je digresse.

On avait tous nos attentes donc : j'attendais BEAUCOUP de trois personnages en particulier. D'abord Hux. Je voyais en Hux une sorte de rival de Kylo Ren, d'un côté on a le guerrier militaire et de l'autre, le guerrier mythologique et ils devaient composer l'un avec l'autre, en se jalousant et sans éprouver la moindre parcelle de respect l'un pour l'autre. Ca diminuait beaucoup l'aura de Kylo Ren mais ça amplifiait énormément celle de l'homme qui a ordonné la mise à feu de la base Starkiller et la destruction de la République. Hux pesait très très lourd dans la balance d'un côté obscur beaucoup moins poétique, beaucoup plus ancré dans notre réalité. Dans Star Wars Episode VIII, mon dieu... c'est devenu le pire leader militaire qui soit (au moins 4 fois hein, je le rappelle) et aussi, globalement, une punchline pour mettre Kylo Ren en avant. Alors ça marche mais j'espérais qu'ils grandiraient tous les deux, histoire que si Kylo Ren passe du côté lumineux, il reste une menace crédible en face.

Ensuite, ben le capitaine Phasma hein... dans Star Wars Episode VII, elle se fait couiller par Finn comme une sans-grade. Ca ressemblait beaucoup à "mettre en avant un personnage pour le développer plus tard", exactement comme Bobba Fett. On nous présente un personnage un peu classe, en nous faisant bien comprendre son importance... et l'épisode d'après, on lui donne une mort nulle au cours d'un combat très court durant lequel iel a juste joué de malchance. Je reconnais avoir été déçu et nourrir peu d'espoir qu'en réalité Phasma ait survécu et reviendra plus forte que jamais dans l'Episode IX. Mais ce n'est qu'un détail.

Et enfin, je pense que vous savez où je vais : Snoke. Je n'étais pas du genre à théoriser sur l'origine de Snoke, j'avoue que j'aurais même été un peu déçu que ça soit Dark Plagueis. Ce dernier est censé être mort, il faut laisser les morts où ils sont. Dans Star Wars VII, on ne sait rien de Snoke sinon qu'il a fondé le Premier Ordre et qu'il maîtrise la Force. Au fur et à mesure que Les Derniers Jedis avance, on découvre enfin ce personnage et son incroyable maîtrise de la Force : il a relié les esprits de Rey et Kylo Ren à travers la galaxie, il a extrait les informations de l'esprit de Rey qui maîtrise déjà très bien la Force en la torturant sans la moindre difficulté, Et au moment où on comprend à quel point il est surpuissant... floutch. Alors d'une part, j'ai eu ce que je voulais mais d'autre part, j'avoue que j'en voulais plus. MAIS ça aura eu un mérite énorme, on va y revenir.

 

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2. Les messages

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Rose est la petite perle 100% originale de Star Wars, épisode VIII.
Elle vient de nulle part, elle prend des décisions cons, elle est courageuse et enthousiaste,
c'est l'incarnation de la Résistance, du public et même du caractère humain et faillible des personnages à elle seule.

 

 

On est tellement à fond dans la narration, dans les personnages et dans la logique qu'on oublie souvent que Star Wars peut véhiculer des messages, ce sont des contes avec une morale. Alors d'abord, je reviens très vite sur Chewbacca qui mange pas son Porg parce qu'un autre petit bonhomme le regarde faire en pleurant. C'était déjà cool dans Vaiana, ça reste cool dans Star Wars VIII. Parce que les Porgs sont trop cools. Ils ont été fait pour vendre des peluches et des figurines, ouais, tu sais qui d'autre a été fait pour vendre des peluches et des figurines ? Dark Vador, Chewbacca, les sabres laser, Han Solo, les Ewoks, les podracers alors achète tes figurines ou les achète pas mais fous la paix aux Porgs. Je m'égare. Mais voilà, Chewie vegan, j'adhère.

Autre message important : tout le passage sur Cantonica avec les riches qui exploitent les pauvres et font en sorte que ça ne se voit pas, mettre dans un Star Wars l'idée que s'il y a des très riches, c'est qu'il y a des très pauvres et que la Résistance doit aussi se battre contre ça, c'est couillu, même si je comprends qu'un commentaire socialo-politique aussi direct ait pu surprendre le public (et surprendre, chez Star Wars, ça équivaut à choquer, décevoir, trahir, assassiner l'esprit original, etc.). Sinon, il y en a un qui donne une leçon alors qu'il était même pas attendu : Yo-mothafuckin'-da. J'ai totalement retrouvé le Yoda de l'Episode V, jovial, sage et maître incontesté du troll. Bref, la leçon de Yoda du jour : c'est normal d'échouer et on apprend beaucoup plus dans l'échec que dans la réussite. C'était une leçon primordiale pour Luke qui, on peut le rappeler, n'avait finalement jamais réellement échoué avant Ben Solo.

 

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Un Yoda beaucoup plus Empire conre-attaque
que Revanche des Siths et ça fait du bien

 

Mais surtout le message sur lequel j'ai lu beaucoup de conneries sur le net alors qu'il est limpide et magnifique, c'est à la fin, lorsque Rose empêche Finn de détruire le rayon bélier en se jetant dedans. Et je trouve merveilleux le plan où on voit le bélier tirer juste derrière eux, comme pour dire "Ben oui mais... il a tiré quand même du coup". Rose donne cette leçon à Finn : on ne gagne pas en annihilant son adversaire mais en sauvant ceux qu'on aime. Alors je sais, Jean-Côme, en faisant ça, elle a mis en danger la vie de toute la Résistance. Mais d'une part, si on observe purement les faits, combien de personnes seraient mortes sans ce sauvetage ? Au moins une, Finn et toutes les vies qu'il va potentiellement sauver dans l'Episode IX. Combien sont morts avec ce plan ? Une seule, Luke. Et je vais digresser rapidement sur la mort de Luke jusqu'à la fin du paragraphe : non seulement elle est magnifique en terme d'image et de musique pure mais en terme de scénario, elle est incroyablement puissante. Pour la Résistance, ils ont vu Luke Skywalker, la légende, survivre à une puissance de feu monstrueuse et donner sa vie pour leur permettre de s'échapper. Il est devenu le symbole qu'ils avaient toujours voulu voir en lui. Et dépendant la définition que vous voulez accorder à ce terme, il est mort en Jedi (si comme moi, vous estimez qu'être un jedi relève plus d'une idéologie que d'un ordre politico-religieux strict) et en maître, donnant sa dernière leçon à Kylo Ren.

Je reviens sur le message de Rose : on pourra faire remarquer que certes, elle a eu énormément de chance que Luke débarque à ce moment-là sinon la Résistance se serait faite crâmer. Ce à quoi on peut rétorquer : y a pas de chance qui tienne, c'est un film, c'est un scénario, c'est une histoire. La morale de l'histoire est le but de l'histoire. Et j'irais même jusqu'à dire que Rose a bien fait ses devoirs et est une "vraie" fan de Star Wars (parce qu'apparemment, il est primordial de distinguer les vrais des faux) car vous vous rappelez comment Luke a vaincu l'Empire : en ne tuant pas son adversaire mais en sauvant celui qu'il aime. Si ça, ce n'est pas respecter l'héritage de Star Wars, je ne sais pas ce qui l'est.

 

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1. Kylo Ren et Rey

 

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Adam Driver, Daisy Ridley et Mark Hamill volent absolument tout le film et les
développements de leurs personnages respectifs sont brillants

 

Un, deux et trois. Lui, elle et leur relation. Je commence par leur relation : aucune interaction de personnages dans Star Wars n'est aussi complexe et tridimensionnelle que celle qu'entretiennent Rey et Kylo Ren. Il veut le pouvoir, elle veut la paix mais d'une façon assez tordue, je pense qu'ils s'aiment. Non sérieusement, re-regardez la scène où il est torse nu et dites-moi qu'y a pas une tension sexuelle entre les deux. Pour moi, il y a une attirance contenue et très subtile entre les deux personnages. Elle voit Ben Solo et le jedi qu'il aurait pu devenir, le héros dont la Résistance a besoin, il voit la plus puissante alliée qu'il pourrait avoir pour régner sur la galaxie et cette jeune femme perdue qui rêve de trouver sa place. Il veut lui donner cette place. D'ailleurs, les dialogues entre les deux sont toujours puissants et leur liaison à travers l'espace est l'un des gros atouts du film (merci Snoke, côté obscur RPZ).

Passons à Kylo Ren. Dans Le Réveil de la force, on découvrait un adolescent qui voulait être comme papi Vador, le masque, le sabre rouge et tout et Snoke qui voulait également faire de lui le nouveau Vador. Bref, c'était assez littéralement Dark Vador Jr à une grosse, énorme exception près : Dark Vador n'a jamais voulu être Dark Vador. Il l'est devenu, l'a regretté et est redevenu Anakin. Ca changeait énormément la donne et j'avais hâte de voir comment ce personnage allait évoluer. Dire que je n'ai pas été déçu est un euphémisme. Là où beaucoup de gens sont déçus de voir ce qu'ils ont fait des autres personnages, je vois à quel point ils ont fait de Kylo Ren un personnage non seulement extrêmement fort mais profond. Je m'explique : il tue Snoke, ce que certains perçoivent comme étant incohérent étant donné la maîtrise de la Force chez le leader du Premier Ordre, il est supposé voir parfaitement dans l'esprit de Kylo Ren. Ca donne une idée de la maîtrise incroyable de la Force chez l'ancien chevalier de Ren et aussi de son intelligence : il a pris le temps d'incliner son sabre laser en usant de la Force pour manipuler le sabre de Luke, leurrant ainsi Snoke, une tâche dont on imagine mal la difficulté. Je parlais plus tôt du pouvoir qu'avait Snoke d'établir une liaison mentale entre Rey et Kylo Ren : ce dernier le fait seul à la fin du film. Il est aussi puissant que Snoke mais il est plus malin.

 

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Après, le masque va me manquer

 

Autre chose qui a fait crier au scandale jusque Mark Hamill : la fameuse scène où Luke envisage de tuer Kylo Ren, encore jeune. Je vais dire ce que j'ai souvent lu être reproché au film : Luke est la lumière, le sauveur, celui qui voit la lumière même là où elle n'est pas (Dark Vador par exemple). Un tel personnage, une telle icône n'envisagerait JAMAIS de tuer non seulement 1. quelqu'un 2. son apprenti 3. son neveu. Il ne l'envisagerait pas une seule seconde. Alors d'une part, Luke est humain et je vous renvoie à Yoda, il a le droit d'échouer, de faire des erreurs... et je me permets de rappeler qu'il n'a pas tué Kylo Ren : il l'a envisagé. De la même façon qu'il a envisagé et renoncé à tuer l'Empereur, Luke n'est pas parfait. Bref, ça c'est pour côté Luke mais surtout : vous imaginez la noirceur et l'emprise monumentale du côté obscur sur Kylo Ren pour qu'un personnage aussi droit et bon que Luke ait peur au point d'envisager de tuer un membre de sa famille ? Car c'est bien de peur qu'il s'agit, la fameuse peur qui mène à la colère, à la haine, à la souffrance puis au côté obscur. Kylo Ren est un concentré de potentiel obscur, suffisamment puissant pour effrayer Luke Skywalker. Est-ce que ça en fait l'être le plus obscur de la saga après, éventuellement, l'Empereur et Snoke ? Oui et non car autre chose caractérise Kylo Ren : quand il a pu, il n'a pas tué sa mère. Il n'est pas totalement rongé par la haine, il en est encore au stade où le côté obscur de sa personnalité se développe. Bref, enfin, Kylo Ren est devenu un vrai personnage, complexe, engageant et incroyablement puissant dans tous les sens du terme (au détriment de Snoke et de Hux, certes, mais je pense que l'univers de Star Wars y gagne un de ses meilleurs personnages)

 

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Rey, face à son Côté Obscur

 

Qu'est ce que les Derniers Jedis nous apprend sur Rey ? D'abord, ses parents ne sont pas des Kenobis ou des Skywalkers, merci infiniment Rian Johnson d'en avoir fait des anonymes, c'était, d'après moi, la meilleure solution possible. Luke a affronté l'Empire en partant de nulle part, c'est un point que Rey partage avec lui. Leurs points communs ne s'arrêtent évidemment pas là : au départ, Yoda refusait d'enseigner à Luke la voie des Jedis, pareil pour Luke et Rey, Luke percevait le dilemme de Vador, pareil pour Rey et Kylo Ren, bref "Star Wars rime" mais elle a quelque chose que Luke n'avait pas : elle aussi a fait peur à Luke. Elle a plongé dans le Côté Obscur de la Force et en est ressorti en comprenant que ce n'était pas ce qu'elle voulait, ni qui elle était. Quand Kylo Ren lui propose de la rejoindre, elle reconnaît les affres du Côté Obscur et ne cède pas. J'ai toujours trouvé incroyablement débile cette idée de "jedi gris" : soit tu te sers de la Force pour tes fins personnelles et tu te laisses aller à ta peur, ta haine et ta colère, c'est le Côté Obscur, soit tu te maîtrises et n'utilise que le côté lumineux. C'est un spectre, pas un choix : Dark Sidious est parfaitement maître des émotions et un des plus grands utilisateurs du Côté Obscur tandis que Rey est folle de colère contre Kylo Ren après qu'il a tué Han Solo et blessé Finn, sans que ça fasse d'elle une adepte du Côté Obscur. Quand Kylo Ren tue Snoke en sauvant Rey, c'est pas mi-obscur mi-lumineux, youpi on a trouvé un entre-deux. C'est le Côté Obscur dans sa plus pure manifestation : l'utilisation de la Force à des fins égoïstes, pour le pouvoir.

Rey ne s'est pas laissée berner : elle a reconnu le Côté Obscur en le voyant et l'a rejeté mais elle a surtout rappelé à Luke ce qu'était un Jedi. Il n'est pas question de respecter un code, de n'éprouver aucune émotion ou d'être parfait en toutes circonstances. Luke a succombé à la peur une fraction de seconde de trop et ça a été suffisant pour que Kylo Ren plonge dans les ténèbres. Rey aurait pu... mais elle est restée droite, elle a continué d'oeuvrer pour la paix et la justice, pas pour le pouvoir. Et comme le remarquent Snoke et Luke, c'est ce qui fait d'elle un chevalier Jedi. 

 

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Conclusion

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Un Star Wars qui s'accroche au passé mais qui le fait bien

 

J'ai peut-être été un peu trop mélioratif dans cette critique, j'ai accentué beaucoup les côtés positifs mais c'est parce que je pense que ce film a reçu trop de haine injuste. Il ne faut pas oublier qu'il doit toujours se mesurer dans l'inconscient collectif à l'une des meilleures trilogies de l'histoire du cinéma ("l'une des" parce que je vais pas m'amuser à la comparer aux Parrains ou aux Seigneurs des anneaux), c'est certes une chance (nous adorons déjà l'univers), autant qu'un fardeau. Si vous me permettez une citation dans le texte, à ceux qui prétendent que Star Wars episode VIII n'a aucune originalité et est une insulte à la mémoire d'une saga parfaite, je répondrais "C'est incroyable : absolument tout ce que vous venez de dire est faux" : la saga Star Wars n'a jamais été parfaite, l'Episode VIII n'est pas une insulte, c'est non seulement un très bel hommage mais aussi une continuation logique des enjeux et enfin, pour le peu de marge de manoeuvre dont il bénéficiait, je l'ai trouvé original, tant dans sa narration que dans son esthétique.

Je lui attribuerais personnellement la note de 7/10, ça équivaut à "J'ai vraiment passé un bon moment". Je me suis vraiment senti dans un film Star Wars mais je regrette beaucoup ce parti pris de rester dans des interactions déjà vues. Il était original pour un Star Wars mais j'aurais aimé qu'il le soit encore plus. En tout cas, il est très beau, les nouveaux personnages sont très sympas, les anciens (aux exceptions déjà citées près) vont de "aussi bien" à "infiniment mieux" et mon attention est totalement acquise pour l'Episode IX : maintenant que Kylo Ren est devenu le Supreme Leader du Premier Ordre, il ne pourra pas se retourner contre son maître dans un élan d'amour pour quelqu'un qu'il aime, il n'a plus son père, plus sa mère, plus son maître, pas d'enfant, il n'a plus aucune faiblesse... alors comment cette nouvelle trilogie va-t-elle finir ? Vivement 2019 pour qu'on le découvre !

 

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A moins que Rey et Kylo Ren finissent par s'entendre sur une voie grise
parce qu'ils sont très amoureux, ce qui détruirait le personnage de Kylo Ren
et serait BIEN niais... mais ils feront pas ça hein ? Hein ? *regard de Porg*