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Par les meilleurs réalisateurs des studios Disney...

 

 

Voilà une version audio pour si tu as la flemme de lire,si tu as des soucis avec la lecture,
si tu veux faire autre chose en même temps, si ma douce voix te manque,
si tu préfères avoir une intonation, etc. 

 

L'esprit critique, c'est quelque chose d'un peu sacré chez moi. Un peu seulement. Pour moi, être capable de recul, c'est primordial pour éviter de se faire avoir par n'importe quel vendeur de facilité. Et ce film m'a fait peur. Il m'a fait peur parce qu'en sortant de la salle, j'avais des frissons, presque toutes les chansons du film en tête et j'avais envie d'aller en vacances dans les Îles Samoa, de revivre ce que ce film m'avait apporté. C'est quelque chose que je n'avais plus ressenti depuis... peut-être Le Roi Lion ou Jurassic Park. J'avais 6 ans, bordel de merde. Et là, Disney nous sort Star Wars VII que j'ai adoré, Captain America Civil War qui est mon coup de coeur de 2016 et maintenant Vaiana... donc question, est-ce que Disney a gobé mon esprit critique ? 

Et là, le flash : non, Rogue One était bien, sans plus, Zootopie pareil, et puis j'ai pas aimé la version en prises de vue réelles du Livre de la Jungle et Alice de l'autre côté du miroir... donc non, Vaiana est peut-être simplement l'un des meilleurs dessins animés Disney, tout là-haut avec Aladdin, le Roi Lion, la Belle et la Bête et la grosse moitié des productions Pixar. Enfin voilà mon avis, comme toujours, 5 points positifs et 5 points négatifs rangés par ordre d'importance.

 

10. Quelques personnages osef

 

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Les Survivants

 

Bon, si vous suivez à la fois ma chaîne YouTube et ce blog, vous savez que le point numéro 10 est toujours un peu mou, que c'est le point que j'ai dû chercher très très loin. En l'occurrence, oui, force est de l'admettre, certains personnages secondaires sont trèèès secondaires et largement dispensables. Prenons par exemple les parents de Vaiana (qui sont toujours vivants à la fin du film, alleluia). Autant le père a une petite profondeur dans le sens où son autorité et sa prudence trop stricte concernant les activités de sa fille sont justifiées par une expérience tragique, autant sa mère, on ne sait rien d'elle. Les pirates-noix de coco, pareil, ça aurait été chouette d'en savoir un peu plus sur eux. Les habitants de l'Île auraient pu avoir un peu plus de relief aussi. Enfin voilà, quelques petits détails mais bon... je vous avoue que moi-même, je soupire un peu en m'écoutant parler... ou en me lisant écrire... ou en m'écrivant m'écr... bon, bref, pas fier de celui-là mais c'est le point le moins important.

 

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9. Blagues meta

 

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Un People's Eyebrow sorti de nulle part

  

Là encore... je suis pas très très fier de relever ça mais il faut bien reconnaître que ça m'a un peu gêné. Et au fond ce serait même presque une qualité. Je m'explique : ce que j'appelle blague meta, ce sont les blagues qui brisent le quatrième mur, qui te sortent du film. Dans Vaiana, par exemple, Maui dit que "Signer un autographe avec un oiseau, ça s'appelle tweeter", que "Si tu as une robe et un animal de compagnie, tu es une princesse" ou quand Maui se change très brièvement en Sven de la Reine des Neiges. C'est le genre de blagues qui peuvent être très bien faites (dans Aladdin ou Merlin l'Enchanteur par exemple, elles sont bien faites parce qu'elles sont propres à un seul personnage exhubérant et surnaturel (respectivement le Génie et Merlin) qui peuvent donc être conscients de notre monde).

Alors pourquoi écris-je que c'est presque une qualité ? Certaines productions récentes nous ont gavé de ce genre de blagues. Deadpool brise le quatrième mur au point que ce mur n'existe même plus et que donc le briser n'a aucun intérêt sinon ralentir l'action (au final, ça revient à regarder un film correct avec un pote chiant qui fait des commentaires tout le temps à côté de toi). Zootopie n'arrête pas d'en faire, entre le revendeur de contre-façons Disney, le chef Bogo qui dit "libéré, délivré", les boucs qui ouvrent leur van à Walter et Jesse (WINK WINK)... alors oui, il y en a, elles sont mal amenées mais Vaiana a l'élégance d'en avoir utilisé finalement peu.

 

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8. Trop de chansons ?

 

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Tu veux connaître mon histoire ? Laisse-moi te la chanter !

 

En sortant du cinéma, ma douce et tendre a fait la remarque qu'il y avait trop de chansons. Je lui ai mis un coup de boule en la traitant de grosse conne et puis j'ai réfléchi : le film n'a pas plus de chansons qu'un autre Disney musical (Vaiana en compte 8, Le Roi Lion 6, la Princesse et la Grenouille 7, Hercule 6, le Bossu de Notre-Dame 8, La Belle et la Bête 7...) alors pourquoi ce ressenti ? Je pense que c'est surtout parce que les chansons dans ce film sont très maladroitement amenées. Certaines le sont très bien, comme la chanson des Ancêtres ou Te Fiti, à des moments-clés avec une petite introduction musicale qui nous fait comprendre qu'elle arrive... et d'autres genre Pour les hommes, Bling Bling ou Notre terre débarquent presque en plein milieu d'un dialogue. Ce qui rend d'ailleurs une blague meta assez mal venue : Maui qui dit à Vaiana "Si tu te mets à chanter, je t'assome" ou quelque chose comme ça. Soit l'abondance de chansons est un parti pris, auquel cas inutile d'attirer l'attention dessus. Soit elle est pénible comme le sous-entend Maui, auquel cas, il en fallait moins. Mon avis à ce sujet ? On va y venir.

 

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7. Le doublage

 

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Cerise Calixte, Anthony Kavanagh et Vaiana.
(... ou une demoiselle anonyme qui interprète Vaiana à Disneyland)

 

J'ai vu le film en VF (et si tu as un problème avec ça, je t'invite à accueillir en ton orifice buccal mon viril appareil génital). Mais il faudra que je le vois en VO parce qu'il y a The Rock dedans et que j'ai encore jamais vu d'excellent film avec The Rock dedans alors que j'aime beaucoup The Rock. Trois fois The Rock, c'est beaucoup trop. Bref, les voix françaises sont très convaincantes. Alors d'un côté, on pouvait s'y attendre avec un cast vocal de kalitay. Anthony Kavanagh était déjà Marty dans les films Madagascar et Ray dans la Princesse et la Grenouille donc je savais déjà que le doublage, c'était un domaine dans lequel il était bon. Pareil pour Adrien Antoine, le gars, c'est le deuxième meilleur Batman (après Richard Darbois). Bon, Batman, c'est pas foufou en terme d'acting range mais en Tamatoa, il a pu se défouler un peu plus et ça lui va bien. 

Mais la bonne surprise vient de Cerise Calixte. Quelques commentaires d'abord : elle a participé à The Voice et n'a pas été retenue, j'éprouve un vrai plaisir cynique et puéril à voir les perdants de ces émissions faire quelque chose de très bon après coup. J'ai appris ça après avoir vu le film. Si je l'avais su avant, je me serais sûrement dit "Aïe, ils ont voulu tout miser sur les chansons...". J'aurais eu tort. C'est son premier rôle au cinéma et elle a interprété Vaiana avec une justesse que d'autres comédiens professionnels n'atteignent jamais dans le milieu du doublage d'animation, milieu snobé à tort d'après moi non seulement par la profession mais aussi par une large partie du public. C'est pas parce que tu n'as que ta voix pour jouer que c'est plus facile. En fait, j'aurais tendance à penser que c'est plus difficile. Il faut surjouer mais mesurer son surjeu. Enfin je ne vais pas m'étendre, excellente performance de la part de tout le casting.

 

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6. Les enjeux brouillons

 

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L'introduction est le seul moment où on ressent la
portée de l'enjeu

 

Vaiana fait partie de ces films où on comprend les enjeux mais où on ne les ressent pas. Il est vital d'aller rendre le coeur de Te Fiti, on l'a bien compris... mais à quel moment on en a ressenti l'urgence ? Deux noix de coco pourries et des pêcheurs qui trouvent pas de poisson, c'est ce que le film nous donne pour nous faire comprendre que la Déesse créatrice de la vie est mourante... c'est léger. D'un côté il y a ça et d'un autre côté, il y a le côté... je dirais un peu "cheaté" de Vaiana. L'héroïne marche dans les pas de divinités et on a très clairement l'impression qu'il ne peut rien lui arriver. Quand elle a un coup de mou, l'esprit de sa grand-mère vient l'aider, quand elle affronte une divinité (que ce soit Te Ka ou même Maui) l'esprit de l'océan vient lui filer un coup de main... à aucun moment on ne sent qu'elle est vraiment dans la mouise. Et du coup, ça empêche une réelle connexion émotionnelle avec les personnages. A plusieurs moments, je me suis dit que j'avais envie d'être triste pour eux, avec eux mais je ne pouvais pas parce que je savais que ça allait aller mieux.

Sauf à un moment très précis, une scène que j'ai adorée car pour moi, c'est celle qui a fait toute la différence, la scène où la mer récupère le coeur de Te Fiti. Mais j'en parlerai plus tard. Je sais, j'écris souvent ça mais je ne tiens pas à aborder un point positif dans un point négatif. De la rigueur crénon, de la rigueur...

 

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5. Les chansons

 

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Une arrivée majestueuse avec la musique qui convient

 

J'ai dit qu'elles étaient mal amenées, j'ai pas dit qu'elles étaient mauvaises. Après avoir vu le film, le lendemain, j'ai acheté la bande originale. Après ma grosse déception avec Zootopie où il n'y a qu'une chanson, interprétée par Shakira... qui est un personnage du film... comme si la chanson dans le film était la version pop pourrie qu'ils font d'habitude en dehors du film, ma semi-déception de la Reine des Neiges où la moitié des chansons sont bonnes et l'autre moitié inutile... j'ai enfin eu l'impression d'avoir un retour en force des chansons Disney. J'ai adoré toutes les chansons. Alors la traduction (globalement très bonne) laisse parfois passer quelques poncifs un peu malheureux ("J'écoute mon coeur, je n'ai plus peur" mon dieu...) et d'autres trucs mais je vais y revenir.

Ca commence par Logo Te Pate, chanson introductive entièrement en Tokelau (merci Wikipedia pour le coup). Voilà, ça, c'est pour ton petit cul Zootopie. Ouais non désolé mais entendre une chanson en anglais dans un classique d'animation Disney, ça m'a gavé. JE SAIS, Disney, c'est Américain, la VO est en anglais mais justement, quand tu ne prends même pas la peine de traduire une chanson dans un film traduit, c'est que clairement tu t'en bats les couilles que les gens comprennent, de l'ambiance ou de quoi que ce soit autre que d'avoir fait chanter Shakira. Je digresse.

 

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Le Bleu Lumière, la version pop est... meh. Comme souvent.
Mais la version du film va rester dans ta tête.

 

Logo Te Pate donc, en Tokelau qui elle, installe vraiment une ambiance et qui en plus fout le sourire (je passe mon temps à l'écouter, va falloir que j'apprenne les paroles en phonétique, ça me fait chier de pas pouvoir les chantonner). Ensuite, nous avons Innocent Warrior, là encore, une chanson en Tokelau, très belle, qui habille le moment où l'océan confie la pierre de Te Fiti à bébé Vaiana. Une scène puissante, drôle et sans la moindre ligne de dialogue. Après ça, Notre Terre qui installe le décor, le personnage de Vaiana et les enjeux, c'est une chanson d'exposition qui aborde tous les points importants, bref qui fait surtout son taff. Ensuite le Bleu Lumière qui fait écho à Partir là-bas dans la Petite Sirène et qui est le titre "phare" de ce dessin animé un peu comme Libérée, délivrée dans la Reine des Neiges, le gavage médiatique (qui n'enlève rien aux qualités intrinsèques de la chanson) en moins et elle est aussi bonne. Mais si, rappelez-vous, quand vous avez entendu Libérée, délivrée la première fois, vous l'avez trouvé géniale. Ensuite nous avons L'explorateur, partiellement en Tokelau, qui fait écho au Bleu Lumière mais aussi à Logo Te Pate car c'est la chanson réponse à la première et qui expose également un peuple, les ancêtres de celui de Vaiana. Dans le Bleu Lumière, elle se demande pourquoi elle est appelée par la mer et L'explorateur lui répond : parce que tes ancêtres étaient des explorateurs.

 

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Le contexte, l'univers graphique et le niveau de pêchitude
rappelle beaucoup Ton meilleur ami d'Aladdin. C'est un compliment.

 

Ensuite, on a deux chansons plus drôles, plus légères, Pour les hommes et Bling-bling. La première, j'ose le dire, est à mettre sur un pied d'égalité avec Ton meilleur ami dans Aladdin. Elle donne une pêche monumentale et expose un personnage très puissant, ce qu'il prouve en étant totalement maître de l'image pendant sa chanson. La deuxième, Bling Bling, est très drôle et habille une scène de conflit, ce qui fait renaître la tradition bien sympa de la chanson drôle du méchant (un peu oubliée depuis Gaston et Ratigan). Et j'ai l'impression que le sous-texte sexuel est TRES explicite dans celle-là mais c'est peut-être juste que j'ai vieilli et que maintenant, je lis mieux entre les lignes. Et ça m'emmerde de le reconnaître mais elle est mal traduite. Elle est non seulement plus drôle mais aussi plus sexualisée en anglais. Je vais y dédier un petit paragraphe donc si ça ne t'intéresse pas, tu peux le sauter.

Qu'est ce qui est mal traduit ? Y a énormément de "blagues" qui sont simplement passées à la trappe. Pas remplacées, smplement oubliées. Quand il dit "happy as a clam", (heureux comme une palourde, c'est une expression qui existe), il fait un clin d'oeil genre "Hey, t'as compris, parce que je suis un crabe". Piouf, disparue. "I will sparkle like a wealthy woman's neck" devient "Scintiller comme un collier de perles nacrées" sauf qu'en disant "neck", il fait le geste de trancher sa gorge et Vaiana réagit. Sa réaction tombe un peu à plat à l'évocation des perles nacrées. Ensuite, il dit à Maui "Get the hook", ce qui signifie quelque chose genre "Tu es congédié" ou "Dégage" mais littéralement "Prends le crochet/hameçon". Alors oui, jeu de mot intraduisible mais après, il dit très subrepticement "Get it ?" genre "T'as compris ?" donc je pense qu'il aurait fallu un jeu de mot, n'importe quoi ici mais non, rien. C'est pas fini, ils n'ont pas traduit le "I'll never hide, I can't, i'm too shiny" que je trouve très drôle, ni "Look it up" quand il parle de "décapode". Certes, on pourait s'en foutre mais là encore, il regarde la camera. Alors qu'il dise "Look it up" au spectateur après avoir utilisé un mot comme décapode, c'est drôle, qu'il dise et c'est comme ça qu'ils l'ont traduit, "Sois raisonnable" à Maui en regardant le spectateur... c'est bizarre. Et enfin, ils ont traduit "C'est la vie mon ami" par "C'est la vie mon ami" sauf que l'impact et même la signification ne sont pas les mêmes quand c'est un anglophone et quand c'est un francophone qui le disent. Un anglais qui parle français, c'est un peu précieux. Un français qui parle français, c'est normal. Bon, voilà mes petits reproches pour cette chanson mais elle était difficile à traduire de toute façon.

 

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Après, elle reste bonne en français, juste moins bonne

 

Ensuite, on a Je suis Vaiana, la chanson qui m'a foutu des frissons absolument partout, notamment le solo de Cerise Calixte sur la réplique éponyme (et qui habille à merveille la meilleure scène du film mais on va y revenir). Le crescendo pratiquement constant illustre le refus de l'abandon qui se conclue par la phrase "Je suis Vaiana" en solo. C'est le moment qui répond à plusieurs critiques que j'ai pu voir qui disent "Pourquoi l'océan a-t-il choisi une gamine qui n'avait ja-ja-jamais navigué ? (owé owééééé)" : et bien parce que c'est elle qui n'abandonnerait pas quand tout le monde lui dit d'arrêter. C'est la force de son individualité. Et enfin nous avons Te Fiti, la chanson de conclusion... conclusion qui est brillante aussi mais là encore, on va y revenir. La chanson en elle-même est pas fofolle mais jolie. Bref, vous l'avez compris, enfin un Disney rajoute non pas une ou deux chansons au répertoire classique mais cinq ou six, vingt ans après Le Roi Lion, Aladdin et la Belle et la Bête.

 

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4. Les personnages

 

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Introduire deux personnages et leur relation sans un seul mot, check

 

Commençons par les personnages secondaires : les studios Disney ont un talent monstrueux pour faire des personnages muets des personnages d'exception. Simplet a ouvert le bal puis Clochette, Chernabog dans Fantasia, Maximus (le cheval dans Raiponce), Dumbo, Pegase, l'écureuil femelle dans Merlin l'Enchanteur... Disney n'a pas besoin de donner de la voix à un personnage pour en faire un personnage puissant et en l'occurrence, ils le prouvent avec quatre personnages : Te Fiti et Te Ka dont la gestuelle et le visage font comprendre leur nature et leurs émotions, Heyhey que j'ai trouvé hilarant et l'esprit de l'Océan, qui n'a ni visage, ni corps et qui parvient à avoir une personnalité.

J'ai déjà évoqué Tamatoa avec la chanson Bling-Bling et le retour plus que bienvenue du méchant comique et un peu excentrique. Il m'a rappelé le Chef cuisinier dans La petite sirène, un autre personnage que j'aime beaucoup. La grand-mère Tala n'est pas le point fort du film, c'est un peu la figure de mentor un peu excentrique et sage, c'est Rafiki / Grand-mère Feuillage / les trolls dans la Reine des Neiges... charmante mais rien de nouveau. Maui est une demi-mesure intéressante entre gentillesse et arrogance, entre puissance et lâcheté. C'est un protagoniste qui est aussi un antagoniste. Tout ce que les héros affrontent sont les conséquences directes de son orgueil. Il fait avancer le scénario dans le bon sens mais en l'handicapant aussi. C'est une réflexion plutôt intéressante sur l'orgueil et la confiance en soi. Il a une confiance en lui d'abord très superficielle qu'il tente de confirmer en voulant retrouver son hameçon (bon, l'analogie phallique est claire de chez claire). Une fois qu'il le retrouve, il se rend compte qu'il ne sait plus s'en servir  Vaiana lui ré-apprend mais il le fissure et abandonne avant de prendre conscience que sa puissance ne vient pas du hameçon mais bien de lui. Le message peut paraître bateau (ah ah ah) mais il ne l'est pas tant que ça, je reviendrai là-dessus.

 

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Vaiana donne ses lettres de noblesse au titre "princesse" après les
semi-victoires timides d'Elsa et de Merida (Rebelle)

 

Et enfin, on a Vaiana. Alors trois gros points à son sujet : 1. C'est une vraie héroïne, un vrai personnage féminin fort et indépendant. On pourrait objecter qu'elle reçoit l'aide de Maui mais j'ai tendance à penser que c'est elle qui aide Maui, pas l'inverse. Il y a même un moment où elle est seule au monde, dans la meilleure scène du film. Je crois que c'est jamais arrivé dans un Disney qu'un personnage se retrouve seul à devoir prendre la bonne décision (a fortiori une princesse).  2. Elle ressemble beaucoup psychologiquement à beaucoup d'autres princesses, elle a une vie chouette mais veut de l'aventure (Ariel, Jasmine, Belle...) MAIS contrairement à ces exemples, elle tente de vivre plus, échoue et ne persévère que pour aider son peuple, pas pour sa satisfaction personnelle. D'ailleurs, les princesses Disney qui rêvent d'aventure finissent par "sortir" et les péripéties du film, c'est les conséquences involontaires de leurs actions : Ariel qui donne sa voix pour aller sur la terre, Elsa qui abandonne ses responsabilités de reine, Raiponce qui quitte sa tour... Je crois que Vaiana est la première à aller chercher la confrontation. Ariel veut trouver l'amour, Anna veut trouver l'amour, Jasmine veut de l'aventure (mais elle trouve l'amour), Raiponce veut de l'aventure (et elle trouve l'amour), Vaiana veut sauver son peuple. C'est la première princesse Disney à agir en leader. Et 3. enfin une princesse en 3D avec un visage différent. Je parle pas de la couleur de la peau seulement, je parle des traits. Non parce que Raiponce, Elsa et Anna, tu les rases, tu les démaquilles, tu les mets à poil (déjà t'as un problème) mais surtout tu les différencies pas.

Les classiques d'animation Disney ont un peu l'habitude de nous proposer d'excellents personnages, ce dessin animé ne fait pas exception.

 

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3. Le scénario

 

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Me regarde pas comme ça, ton aventure, elle est convenue
et tu le sais

 

Evidemment, c'est le gros problème du film. Je peux le défendre autant que je veux en faisant remarquer les différences subtiles dans le traitement de l'histoire... ça reste quand même toujours la même histoire. Tu vois venir le scénario à des kilomètres. Ca a tendance à renforcer l'impression que l'héroïne ne craint rien d'ailleurs. Quand Maui abandonne, on sait qu'il va revenir pendant le climax. Quand ils tombent dans l'antre de Tamatoa, on sait qu'ils vont s'en sortir sans problème. Si, par contre, le twist de fin concernant ce qu'il est arrivé à Te Fiti, je ne m'y attendais pas. J'ai pas spécialement envie de m'étendre sur ce point, c'est juste que le scénario est repris de dizaines de classiques d'animation Disney.

L'héroïne est une princesse qui va devoir gouverner son peuple (Elsa dans la Reine des neiges) mais elle finit par s'évader (Ariel dans la Petite sirène) et trouve un personnage surpuissant (le Génie dans Aladdin) qui sera d'abord réticent à l'idée de l'aider mais finira par s'attacher à elle (la Belle et la Bête), notamment en affrontant un monstre plus drôle qu'effrayant (Lucifer dans Cendrillon) mais leur relation est mise à mal (Mulan et Shang dans Mulan) donc le personnage principal doit se rappeler les paroles encourageantes de son mentor (Mufasa dans le Roi Lion) pour aller affronter son plus grand défi (le dragon dans la Belle au bois dormant) grâce au personnage secondaire revenu l'aider parce qu'il s'est découvert une conscience (Flynn dans Raiponce).

C'en est au point que certains détails ne sont jamais expliqués alors qu'ils devraient (en tout cas pourraient) l'être. Pourquoi l'océan ne ramène pas lui-même le coeur de Te Fiti ? Pourquoi Maui revient à la fin ? Enfin voilà, y a plusieurs trous dans le scénario, partiellement remplis par "Vous savez comment ça marche".

Très franchement après, quand je vais voir un dessin animé Disney, je sais plus ou moins où ça va aller, les questions qui se posent davantage, c'est surtout avec qui on y va, comment on y va et qu'est ce qu'on va voir sur le trajet. Après tout, un film n'est pas qu'un scénario. Regardez, le Voyage d'Arlo aussi avait un scénario cousu de fil blanc mais c'est le fait que les personnages étaient oubliables et que le film ne proposait rien de franchement neuf (à part l'animation incroyable de l'eau et le rendu des décors) qui l'a coulé d'après moi. Un scenario bateau ou même repompé ne fait pas forcément un mauvais film. Regardez la Guerre des étoiles.

 

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2. L'animation

 

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*__*

 

On en prend plein la gueule. Tout simplement. Je suis pas expert en animation 3D, loin de là, très franchement j'y connais rien mais je sais reconnaître quelque chose de beau quand je le vois et nom de dieu... déjà on va évoquer l'animation de l'eau, qu'elle soit calme ou déchaînée, la mer est sublime. Ensuite, j'ai cru comprendre que les textures des cheveux, c'est quelque chose de très compliqué en animation alors des cheveux bouclés trempés, j'imagine la galère que ça doit être. L'introduction en 2D est magnifique, j'ai trouvé très intéressante l'idée de mimer la texture de... je sais même pas ce que c'est, de l'espèce de toile. D'ailleurs, toutes les occurrences de la 2D sont très rafraichissantes, que ce soit dans la chanson de Maui, comme s'il vivait encore dans une légende de lui-même et qu'il niait la réalité, ou dans ces tatouages. Oui, tiens d'ailleurs, tatouage, un autre personnage muet bien écrit et entièrement animé en deux dimensions. Muet et en deux dimensions, ça fait vraiment mariage de l'ancienne et de la nouvelle école.

 

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La chanson de Maui est une débauche de bonnes idées esthétiques

 

En fait, maintenant que j'y repense, l'animation de Te Fiti et de Te Kara me rappelle deux des segments que j'avais préféré dans Fantasia 2000 (si vous ne l'avez pas vu, je vous le conseille, il est loin d'être aussi mauvais que ce à quoi on peut s'attendre). Et c'était les deux segments qui rendaient le mieux hommage à la majesté du premier Fantasia. Et j'ai adoré aussi l'aspect du monde des monstres qui m'évoquait un peu un mariage entre l'univers graphique d'Ursula et du Docteur Facilier de La Princesse et la Grenouille, deux personnages dont j'adore l'esthétique. Enfin voilà, Vaiana, si vous n'y allez pas pour les personnages ou le scenario, allez-y pour le spectacle.

 

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En haut, des images de Fantasia 2000, en bas de Vaiana

 

 

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1. Les messages

 

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Plutôt que de gueuler sur ce qui se fait de mal, louons ce qu'il se fait de bien

 

Généralement, je ne prends pas la peine de chercher des messages sociaux dans les films ou autre fiction (sauf quand un film me les crache à la gueule évidemment). Par exemple, quand je regarde Elementary, je vois que Joan Watson est une femme asiatique, je me dis pas "Ah, c'est bien, plus de femmes à l'écran, moins de blancs, etc." ni "John Watson est un homme blanc, c'est débile de changer ça", je me dis juste "Watson est une femme asiatique, ok". Mais Vaiana croule sous les messages intelligents et subtils... donc crouler est un très mauvais choix de mot : Vaiana est riche de dizaines de messages positifs dans le texte et le sous-texte :

- Aucune histoire d'amour. Tu peux être une femme et rester forte ET célibataire.
- La blague végétarienne au début. C'est une simple réplique, trois fois rien Vaiana dit "Mmm ils ont l'air délicieux ces travers de porc" et Pua, son petit porcelet de compagnie (qui ne vieillit pas d'ailleurs, c'est marrant) a l'air à la fois triste et un peu apeuré et Vaiana est un peu gênée. Simple et efficace.
- Plein de rôles clés sont assurés par des femmes : la personne à sauver, l'antagoniste principale, le mentor, le héros...
- Parlant de ça, les hommes sont vachement plus dénudés que les femmes.
- La culture Polynésienne est mise en vant
- Casting majoritairement Polynésien en VO et en VF... je suis pas dans les rangs pour râler quand ils mettent des acteurs et actrices blanc(he)s dans des rôles habituellement non caucasien mais ça fait plaisir quand c'est bien fait.
- Message sur l'impuissance, on va pas revenir sur Maui qui n'arrive plus à se servir de son hameçon
- Il faut respecter les gens moins intelligents que toi (tout le principe de Heyhey)
- La fin du film : parfois, gagner un combat, c'est comprendre, aider et aimer son adversaire ("Laisse la venir à moi", j'en ai encore des frissons... oui, à m'entendre parler j'ai eu des frissons tout le temps, ben c'est un peu ça)
- Ce n'est pas parce que tu es seul et que tous te tournent le dos que tu dois abandonner. Vous savez, la fameuse meilleure scène du film. C'est la scène où Maui abandonne Vaiana en lui disant qu'elle n'a rien de spécial et où l'océan récupère le coeur de Te Fiti. Son peuple ne sait pas où elle est, son ami est parti, la divinité qui la protège respecte sa décision d'abandonner. L'esprit de sa grand-mère lui apparaît alors (même si pour moi, c'est l'incarnation de sa voix intérieure dont il est souvent question). Et quand Vaiana lui dit qu'elle a laissé tomber, l'esprit de Tala lui dit "D'accord, retourne au village". Vaiana décide seule de ne pas abandonner, ce qui donne à la chanson Je suis Vaiana toute sa profondeur. 
- Et bien sûr, l'indémodable "Choisis ton destin et suis ton coeur". Vu et revu mais c'est un peu la marque de fabrique Disney.*

 

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Conclusion

 

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Une magnifique histoire d'amour sans le moindre couple.
(amour de la culture Polynésienne, de la mer, de soi-même, de son
peuple, son histoire, sa culture, sa famille...) et une histoire de pardon et d'écoute

 

Je pensais que j'allais être déçu par Vaiana. Je pensais que la Reine des Neiges et Zootopie allaient devenir le nouveau modèle des classiques d'animation Disney, un peu moins intemporel et beaucoup plus lolilol, sans vraiment d'ambition esthétique, juste raconter des histoires déjà racontées mais en rajoutant des blagues dessus. Et puis pourquoi pas ? Contrairement à ce que je laisse entendre, j'ai bien aimé Zootopie et la Reine des neiges, c'était bien, comme Raiponce ou la Princesse et la Grenouille... j'avais fini par plus ou moins accepter l'idée que l'excellence de Disney viendrait de Pixar désormais (Vice-versa, Toy Story 3, Là-haut, Wall-E...). Et ben c'est une claque dans la gueule très agréable (et méritée) de la part de Musker et Clements, les deux gars responsables de certains des meilleurs Disney (Basil détective privé, la Petite Sirène, Aladdin...). J'ai vu le film le 31 Décembre 2016, il ponctuait une année qui a vu s'éteindre des dizaines de personnalités de talent et Vaiana, la légende du bout du monde m'a gonflé d'optimisme à l'idée que John Musker et Ron Clements sont toujours vivants et ont livré une de leurs meilleures réalisations... et la concurrence était rude.

Après, je vous suggère d'aller le voir et de vous faire votre propre avis et d'y emmener vos enfants. Excellente nouvelle, leur génération aura également droit à ses intemporels de Disney.

 

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*Et comme un demeuré, j'ai oublié d'évoquer LE plus important, le message écologique. Si on pense d'abord à soi et qu'on a beaucoup de pouvoir, on met la planète et la nature en danger. Voilà, vous savez comme on ne voit pas les trucs qu'on a juste devant la face et qui sont énormes. Ben voilà ^^"