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Mamie a choppé froid

 

Nous sommes allés dans le présent, dans l'avenir donc maintenant, nous nous apprêtons à découvrir que dans le passé, Doctor Who n'a strictement aucun problème avec le fantastique. D'habitude,les introductions présentent Rose avec ou sans le Docteur. Là, on nous présente une vieille dame, qui revient à la vie, tue son petit-fils et assome l'employé des pompes funèbres (qui n'a pas l'air étonné de voir une morte revenir à la vie) dans un décor évoquant la Grende-Bretagne du XIXème et selon toute évidence, la vieille dame en question est un peu un zombie ou un fantôme. Générique.

On découvre Gwyneth (prénom sans doute beeeaaauuucoup puis classe en anglais qu'en français), employée du monsieur découvert dans l'introduction. Ils décident tous deux d'aller chercher la vieille. C'est dans cette ambiance... spéciale que débarquent Rose et le Docteur, pensant atterrir à Naples. Petit instant pénible : Rose essaie de réfléchir.

 

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"Mais en fait, si on y pense, il n'y a jamais qu'un Noël 1860. Ca n'arrive qu'une fois,
une seule fois et quand c'est... c'est fini, on peut se dire... qu'on aura plus la
chance de le revoir" Oui, c'est ça Einstein, comme chaque autre instant, tais-toi s'il te plaît

 

Le Docteur invite Rose à se changer (en nous donnant une idée de la taille colossale du TARDIS) et on retrouve Gwyneth et son employeur. Ce dernier est un sale con et menace la première de la virer si elle n'utilise pas un genre de pouvoir télépahtique qu'elle a pour capter les mort-vivants. Elle sent que la vieille est partie voir Charles Dickens. Et nous nous retrouvons donc avec ce dernier (et ça, putain, c'est classe). Il est malheureux de passer Noël seul, et il trouve sa vie misérable. C'est marrant, c'est exactement comme ça que je me figurais Dickens, un type seul, triste et désespéré. 

Nous avons donc trois tableaux : le Docteur, Gwyneth et Dickens et l'élément perturbateur qui va faire que les trois vont finir par se retrouver puisque dans le public de Dickens, nous avons...

 

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Un fantôme s'est subrepticement glissé dans cette image

 

Les cris attirent Gwyneth et son employeur et le Docteur et Rose. L'esprit de la vieille dame s'enfuit et elle re-meurt. Un truc que les vieilles dames font souvent. Les groupes se divisent : le Docteur se renseigne auprès de Dickens (on apprend d'ailleurs qu'il en est fan, ce qui est une idée géniale car l'univers de Dickens colle parfaitement au tempérament du Docteur et en plus, cela donne lieu à un dialogue très drôle entre les deux protagonistes), ce qui permet au Docteur de comprendre que l'esprit est fait de gaz et Rose suit Gwyneth et son maître mais, comme elle pose trop de questions, ce dernier l'endort et la kidnappe, confirmant son statut de gros con.

Ils se retrouvent donc tous au funerarium. Rose se fait attaquer par deux cadavres (elle a un contrat de demoiselle en détresse hein, faut qu'elle soit dans la merde au moins deux fois par épisode... oui, c'est un reproche)... et puis attaquer, faut le dire vite, le cadavre la prend et le Docteur la récupère. Je suis même pas sûr que les morts soient vraiment dangereux. Donc le Docteur la sauve et apprend que les cadavres sont habités par des choses qui veulent qu'on les sauve car les corps morts pourrissent et se remplissent de gaz (désolé je le répète mais ça fait teeeellement de bien d'avoir des explications... un peu bancales mais des explications, ce serait tellement simple de dire "ce sont des morts, y a rien dans les morts, les esprits vont dans les morts" mais là, ce serait du fantastique alors que si on dit "ces extraterrestres voyagent dans le gaz, les morts se décomposent et se remplissent de gaz, ils se servent donc de leurs corps comme vaisseau", c'est de la science-fiction) et ces choses repartent dans les tuyaux de gaz.

 

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Le Docteur adore les humains

 

Le maître du funérarium leur raconte toute l'histoire et j'adore la réaction du Docteur quand le maître parle des trucs étranges dans la maison et qu'il explique que c'est bon pour ses affaires. Ca le fait sourire. On constate que le Seigneur du Temps adore les humains et s'éclate à voyager. 

S'en suit un dialogue assez intéressant entre le Docteur et Dickens sur l'existence des fantômes. C'est pas tant que Dickens se borne à ne pas croire l'évidence, c'est surtout qu'il a besoin de croire qu'il n'a pas été dans l'erreur toute sa vie. C'est un point intéressantt : le Docteur a encore de très, très nombreuses années devant lui et il peut toujours remettre en question ce qu'il a vécu, Dickens non. Et c'est même ce dernier qui clot la conversation, le Docteur ne peut pas lui répondre.

Pendant ce temps, Rose est occupée à être gentille et conne en sympathisant avec Gwyneth. J'adore d'ailleurs la réaction de Gwyneth "Vous avez les vêtements, les bonnes manières mais quand vous parlez, on dirait que vous êtes folle". Elle est plus polie et indulgente que moi. En revanche, ça nous donne l'occasion d'en apprendre plus sur Gwyneth : elle est timide, farouche, adorable et a un véritable don de dialogue télépathique, scène qui génère d'ailleurs un suspens très efficace grâce à la première mention mystérieuse du Grand Méchant Loup.

 

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"Toutes les choses que vous avez vues... je les vois aussi... les ténèbres, le Grand Méchant Loup"

 

Le Docteur comprend le lien entre Gwyneth et la "faille" qui est à l'origine des apparitions de fantômes. Malgré les réticences de Dickens, ils organisent une séance de spiritisme.

 

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Assez efficace

 

On apprend que ces créatures, les Geiths, avaient une forme qu'elles ont perdu lors de la Guerre du Temps. Elles réclament les corps des défunts pour pouvoir avoir de nouveau une forme physique. Et là, nous avons plusieurs réactions qui servent, encore et toujours, à s'identifier aux personnages : 

- Dickens finit par y croire et boit un coup histoire que la nouvelle passe mieux
- Le Docteur veut aider les extraterrestres en faisant que Gwyneth leur donne accès aux cadavres
- Rose s'y oppose par respect pour les défunts

Dilemme éthique intéressant mais plus intéressant encore : Rose tient tête au Docteur. Elle ne se laisse pas impressionner par son statut d'extraterrestre et de voyageur du temps. Ca lui donne une profondeur un peu inattendue, étant donné que jusque là, elle s'est contenté de jouer la demoiselle en détresse portable et le bouche-trou parce que voyager seul, c'est pas marrant. Heureusement, le personnage auquel nous pouvons nous identifier n'est pas qu'un faire-valoir et ça, c'est chouette (oui, j'ai pas peur des mots)

Gwyneth est, cependant, de l'avis du Docteur. Ils descendent donc dans la morgue.

 

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Grosse ambiance !

 

Rose fait une autre réflexion intelligente : ça ne peut pas marcher parce qu'elle vient du futur et qu'elle sait que les cadavres ne marchaient pas en 1869. C'est un point trèèès important des histoires de voyage temporel, on ne peut/pourrait pas modifier le passé. Le Docteur donne un contre-argument très bref : "Le temps est un flux qui change toutes les secondes et votre monde douillet pourrait être réécrit comme ça. Rappelez-vous que rien n'est assuré". Voilà qui définit ce qu'il arriverait en cas de paradoxe temporel : le présent peut, au mieux, être réécrit. 

 

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Notre précieux gaz

 

Mais il s'avère que les Gheists sont des êtres maléfiques et très nombreux (on peut pas dire que ça soit vraiment une surprise), d'ailleurs, ils tuent le maître du funérarium (toujours pas une surprise), Rose et le Docteur sont piégés par les cadavres habités par les Gheists et Dickens s'enfuit. Rose, toujours un peu longue à la détente, remarque qu'elle ne peut pas mourir à une époque où elle n'est même pas née. Ouais, la relativité, c'est pas son truc. Mais Dickens a une idée brillante : envahir la pièce de gaz pour que les esprits puissent se déplacer librement et n'aient pas besoin de corps. 

Je passe très vite sur un truc : le Docteur dit à Rose qu'il est "si heureux" de l'avoir rencontrée, elle répond qu'elle aussi et ils se tiennent la main. Je déteste ce genre de passage, c'est vraiment du forcing, ce qu'ils vivent suffit à les rapprocher, pas besoin qu'ils se disent des mots d'amour pour qu'on comprenne que leur relation devient plus intense. Bref, l'épisode est excellent par ailleurs, faisons comme si ce dialogue n'avait jamais eu lieu. OUAIS CHUIS COMME CA.

La pièce étant désormais pleine de gaz, les esprits flottent mais les gens étouffent. Le Docteur oblige Dickens à escorter Rose à l'extérieur, non sans lui avoir promis qu'il ferait tout pour sauver Gwyneth. Cette dernière, cependant, ne peut plus contrôler les Geiths mais peut les détruire en enflammant le gaz, se sacrifiant pour la survie de l'humanité : l'enjeu importe puisque nous avons eu le temps de nous attacher au personnage, nous voulons que le Docteur la sauve mais nous savons aussi qu'il ne sauve pas tout le monde. Jabe était un personnage important du dernier épisode et elle est morte. 

Le Docteur se rend d'ailleurs compte que Gwyneth est déjà morte, sans doute dès qu'elle a ouvert le passage aux Geiths. Il lui dit qu'il est désolé  (deuxième fois de la série, j'ai envie de tenir un compte parce que le Seigneur du Temps n'a pas fini d'être désolé) et s'enfuit. 

 

 

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... wow

 

L'épisode se conclut sur Dickens, citant Shakespeare (la seule façon de rendre ça plus classe, ce serait qu'il sorte un sabre laser) : "There are more things in heaven and earth, Horatio, than are dreamt of in your philosophy" (oui, quand je cite du Shakespeare, je le fais en anglais quand même) : explication un peu facile pour justifier le fait que Gwyneth ait eu l'air de rester vivante même morte mais une explication facile très bien amenée. Dickens était sceptique. Il a pris conscience du fait qu'il ne sait pas encore tout et il se sert de cet apprentissage pour donner une solidité à des zones de flou.

Bon, ce serait vraiment super que l'épisode se termine là mais non, Dickens se retrouve plein de vie et d'espoir et veut à nouveau écrire le Mystère d'Edwin Drood, son dernier livre (inachevé puisqu'il va mourir pendant l'écriture). Le TARDIS disparaît et Dickens s'éloigne, hilare, en criant "Joyeux Noël à tous !"... passez-moi l'expression mais... quelle fin de merde. Une aventure, aussi étrange et exaltante soit-elle ne va pas changer la façon de penser d'un vieil homme blasé. Et selon ce qui avait été définit pour son caractère, en voyant le TARDIS décoller, Dickens aurait dû penser que tout avait été faux, qu'il avait sombré dans la folie. Après tout, il ne reste plus rien de ce qu'il a vécu, aucune preuve. Cette fin se veut sans doute un écho à Un conte de Noël, roman de Dickens où Ebeneezer Scrooge retrouve foi en la magie de Noël mais Scrooge est un personnage fictif, un personnage de conte, pas Dickens.

C'est un problème qu'on retrouve souvent chez Mark Gatiss, le scénariste de cet épisode : des facilités scénaristiques regrettables (la demoiselle en détresse, le happy end, la conversion psychologique artificielle...). Mais outre cette dernière scène, nous avons affaire à un très bon épisode. Dickens, des fantômes extraterrestres, une humaine anonyme qui sauve la Terre, des personnages attachants et un scénario solide, que du bon. Et, sauf omission de ma part, Gatiss signe là, selon moi, son seul excellent épisode de Doctor Who.

 

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